Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 17:43

Antoine Fonte Me rend fou !

Il y a des jours comme ça où la douceur du temps nous épargne de l’âpreté du quotidien, de la rugosité de nos petits tracas, et on se prend à respirer mieux, à sourire, on se plaît à rêver, à embrasser notre vie et tout va bien… Tout va vraiment bien… et… soudain… Antoine  Fonte se met à parler et tout fout le camp. Le rêve n’aura duré qu’un instant. Nous voilà ramenés à la réalité par l’arrogante stupidité d’un homme blessé, piqué, touché dans son amour propre. Mais les ambitions démesurées d’un personnage de si courte envergure sont sans doute ce qui excusera cette posture sans panache. Quand on n’a pas les épaules on se laisse parfois déborder par l’humeur. C’est humain et je le comprends.

Donc je comprends Antoine Fonte, mais il me rend fou ! Alors moi aussi j’ai bien envie de me laisser aller à des humeurs et dire ce que j’ai sur la patate. Oui j’ai bien envie de dire à quel point ces gens me dégoûtent. Ce type ne comprend décidément rien à rien à la culture, en tout cas à la culture populaire. J’ai bien écouté ce que Mr Fonte a dit lors du conseil municipal et  je n’en reviens encore pas. Il fustige l’association Nomade in Metz en dénonçant une mauvaise gestion. Mais qui est ce type pour donner des leçons de gestion. Si j’en crois les annonces légales paru dans le républicain lorrain Mr Fonte a bien fait l’objet d’une liquidation judiciaire de sa propre société il n’y a pas si longtemps. Voir le lien http://www.vivametz.net/2009/10/annonce-legale-administrative-et-juridique/

Avant de donner des leçons de gestion il faut apprendre à fermer sa gueule et se rappeler d’où on vient. Mr Fonte dénonce également avec force l’absence de l’association Nomade in Metz lors des difficultés avec les riverains à l’occasion de l’implantation à Magny de l’air d’accueil des gens du voyage en mars 2009. Et ouais « j’te le confirme mon p’tit Antoine », Ils n’étaient pas là les gens de Nomade in Metz, et pour cause car si monsieur l’adjoint à la culture avait potassé ses dossiers il aurait su que l’association a été créé le 29 octobre 2010 soit plus d’un an après ces évènements. Mr Fonte pense, selon ses propres mots, que c’est plus facile de « se dandiner place de la république une bière à la main » que de s’impliquer dans le concret. Mais dites-moi Mr Fonte, est-ce que vous étiez aux côtés de Daniela Ivanova dans les camps Rom pour distribuer à manger ou des couvertures et des vêtements, ou encore contacter les services sociaux pour aider ces familles dans la détresse ? Alors dites-moi qui se dandinait une bière à la main ? Où étiez-vous ? Dans quelle soirée mondaine parliez-vous de culture et d’engagements concrets ?

La culture citoyenne, populaire et l’implication personnelle et bénévole vous connaissez ? Dites-moi franchement, vous connaissez ? Peut-être avez-vous une perception festive de l’activité des acteurs de Nomade in Metz mais c’est bien la preuve de votre manque de connaissance de ce que fait cette association au quotidien. Mais vous, ne vous arrive-t-il pas aussi quelques fois de vous dandiner une bière à la main lors de soirées au festival passage ? Cela remet-il en cause votre implication dans cet évènement ? Je ne le crois pas, et ce jugement pour ma part serait synonyme d’un manque de discernement et peut être même d’une vue étriquée du monde qui m’entoure. Je pense que vous serez d’accords avec cette question de bon sens j’en suis certain.

Vous annoncez enfin la fin du festival Nomade à Metz et son remplacement par un projet sorti de vos cartons. Mais je vous assure que Nomade in Metz n’a pas attendu sur vous pour exister et ne vous attendra pas non plus pour perdurer ici ou ailleurs. Vous pouvez ne plus le subventionner et ainsi décider de vous désolidariser mais vous ne pouvez en aucun cas décider de la mort ou de la vie de celui-ci.   

La survie de Nomade in Metz dépend de 20.000 euros. C’est la somme qu’il manque pour équilibrer le budget. C’est une somme importante et les raisons de ce déficit sont assez simples. La région lorraine a versé 10.000 euros de moins que l’année passée sans raison mentionnée. Un sponsor privé s’était engagé à verser 5000 euros et n’a toujours pas versé ce montant à l’association. Les différents manquements de la ville à fournir le matériel promis ont obligé Nomade in Metz à recourir à des fournisseurs payants. La journée du dimanche a été annulée pour cause d’intempéries ce qui a occasionné un manque à gagner conséquent sur les buvettes et stands de grillades et sandwichs. Effectivement il manque 20.000 mais est-ce vraiment dû à une mauvaise gestion ou à un mauvais concours de circonstances. Et qu’en est-il du dépassement de budget de la nuit blanche 2010 s’élevant à 200.000 euros soit 10 fois plus que Nomade in Metz. Aurait-on dû supprimer cette manifestation pour cause de mauvaise gestion ou mauvaise anticipation du budget ? Pas du tout ! La ville a trouvé les 200.000 euros manquants et l’affaire était faite. Lorsque Daniela Ivanova a demandé à Dominique Gros de l’aider à équilibrer le budget du festival il lui a répondu que s’il le faisait il devait augmenter les impôts. Je serais quand même curieux de savoir s’il existe un rapport plus ou moins étroit entre  le fait que les impôts aient été augmentés l’année passée et le fait qu’il fallait équilibrer le budget de la nuit blanche 2010…

Vous allez me répondre que « oui mais c’est pas pareil ». Bien sûr que ce n’est pas pareil. Le festival Nomade in Metz n’est pas pareil !!! Bon sang ! Il n’est pas pareil parce qu’il est parti d’une idée toute simple dans la tête de Daniela Ivanova ; lutter contre les discriminations dont sont victimes les gens du voyage, tsiganes, manouches, roms au travers de toutes expressions artistiques. Ce festival est une pure création messine menée à bien par des bénévoles. C’est vrai, on est très loin des concepts parisiens comme la nuit blanche et le centre Pompidou, ou même le festival passage qui ont trop tendances à reléguer la culture au sommet du snobisme bobo. Les centaines de milliers d’euros investis par la municipalité pour financer ce pan de la culture messine montrent bien l’intérêt à promouvoir les idées récupérées. Nomade in Metz n’est pas pareil parce qu’il porte au-delà des frontières de notre ville le nom de celle-ci au travers d’une idée de partage et de culture gratuite, d’une connaissance de l’autre, des autres. Nomade in Metz est la preuve que l’engagement citoyen par le biais de la culture à la portée de chacun est possible parce qu’elle est basée sur l’envie, la détermination, et le besoin de communier avec les différences. Nomade in Metz n’est pas pareil parce qu’il représente l’élan bénévole poussé par une force de coopération de ces acteurs issus du brassage de culture et que ce festival a lieu à Metz, qu’il est né à Metz, qu’il porte le nom de Metz, qu’il rayonne bien au-delà de Metz, et qu’il est désavoué par le maire de Metz et son adjoint à l’inculture. Cet état de fait me désole et me révolte, il met en lumière l’incapacité chronique de ces gens à accepter le fait qu’une idée ne venant pas d’eux puisse être bonne. Il montre à quel point ces gens ne supportent pas la contradiction, combien la politique et le petit pouvoir rend fou.

Mais Antoine Fonte dans cet épisode nous a montré que finalement il n’était pas un surhomme et que bien des faiblesses, tout comme nous autres, pouvaient dévoiler sa nature propre. Son agacement l’a poussé à balayer du revers de la main un festival populaire comme on en voit peu.

 Il y a des jours comme ça où l’aigreur des gens me prive de la douce fraîcheur d’une matinée d’hiver, de la tendresse des choses simple, et je me prends à suffoquer, à serrer les poings, je m’éprends de colère, et tous ces gens qui ne comprennent rien, que l’arrogance aveugle, que le mépris rend sourd me rendent, je crois, définitivement fou !  Alors il me reste à lever mon verre à la gloire des gens de bonne volonté, à ceux qui croient en la force des possibles, et en la ferveur collectives des sans attaches, je lève mon verre pour que d’autres fasse de même,  pour que dans un élan citoyen et une ivresse populaire sans précédent nous soyons ivres de vie, de cœur et de rires sans frontières !... Antoine Fonte… je vous déteste.   

  

Par Philippe Maurice
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 09:50

Les gens me disent souvent que j’ai de la chance de faire ce que je fais, que je vis des trucs cool dans mon métier. C’est vrai ! En partie. Oui je vis des bons moments, des instants privilégiés avec tel ou telle artiste, je vais ici et là, d’une ville à l’autre, et tout cela me plaît beaucoup je le concède volontier. Mais ne vous méprenez pas, ma vie dans le showbiiinnnsss est loin d’être de tout repos et il y a bien souvent des épreuves à traverser pour mériter, je pense, ce cadeau qui m’est fait chaque jour de vivre mon quotidien spectaculaire !

Je vais vous raconter une petite anecdote comme il peut y en avoir quelques fois et qui illustre bien ce qui peut être vécu parfois comme un exercice sinon douloureux du moins éprouvant. L’histoire à lieu à Paris Bercy et nous travaillons sur les dernières dates de la comédie musicale Mozart Opéra Rock. Pour vous situer le contexte dans lequel nous évoluons sur cette série de dates il faut savoir que le palais omnisport de Paris Bercy n’est pas l’endroit le plus charmant du monde et qu’à l’idée d’y travailler on ne se réjouit pas. Personne ne se dit chouette ! on bosse à Bercy !, personne ne saute de joie à l’idée de descendre dans le ventre de ce vaisseau pour une journée de labeur fusse-t-elle dans le showbiiinnnsss. C’est un endroit où l’on attend qu’une seule et unique chose c’est d’en sortir le plus vite possible. Et lorsqu’on bosse sur ce genre de production on signe en général pour une période d’au moins une semaine et mis à part le fait que la tâche qui nous incombe pèse bien sûr de tout son poids sur nos frêles épaules il va sans dire qu’autre chose de bien plus énorme vient nous harceler, nous  assaillir comme un besoin vital, une sorte de pulsion primaire qui doit sans doute s’apparenter à ce que doit ressentir celui qui est en train de se noyer ; je veux parler de cette indéfectible volonté de remonter à la surface, de hisser la tête hors de l’eau. 

Donc nous sommes mercredi et il fait peut-être beau à l’extérieur mais peu m’importe. Il doit être quelque chose comme 16h00 et je suis affairé à préparer une des multiples entrées du buffet de ce soir. Il est donc l’heure du goûter et la Verge (c’est un de mes collègues que je nomme ainsi pour des raisons que je ne mentionnerai pas ici) me dit : « Je te serre un Ricard ? »

Ce à quoi je réponds « oui » car j’ai moi aussi un petit creux. Du coup l’ensemble de l’équipe décide de se joindre à cette petite récréation plutôt sympathique et nous convenons d’un commun accord de nous en servir un deuxième puisqu’il est maintenant 16h02. Je retourne à mes occupations et pense que nous avons bien fait de ne pas pousser plus loin cette aventure anisée. Oui, nous avons bien fait me dis-je encore en moi-même. Mais voilà Ramecain (c’est un autre de mes collègues que je nomme ainsi pour des raisons que je ne mentionnerai pas ici) qui s’approche de moi par la droite, et je me demande pourquoi il choisit cette option, il est 16h15 et il me dit la chose suivante : « Je te serre un Ricard ? »

Une impression de déjà-vu me traverse l’esprit une seconde, le temps qu’il me faut pour répondre « oui » bien que je n’ai plus faim, mais étant courtois je ne peux décliner l’invitation. Du coup l’ensemble de l’équipe décide de se joindre à nous dans un pur élan de solidarité et d’un commun accord nous optons de réitérer cet élan formidable à 16h17 très précise. Bien. Je retourne à mes salades, je souris, je pense à Marseille, et j’ai une espèce de petite cigale dans le creux de mon oreille qui ne cesse de me rappeler combien le soleil de méditerranée doit être agréable à cette heure-ci. Bizarrement les tomates devant moi me font rire et je décide de leur laisser la vie sauve. Au moment même où je les épargne j’entends la voix de Guimeliaume (c’est mon troisième collègue que je nomme ainsi pour des raisons que je ne mentionnerai pas ici) me demander si je veux boire un Ricard. Comme il est 16h25 je me dis pourquoi pas et cela pour diverses raisons. La première est que je ne veux en aucun cas faire de la peine à mon collègue en répondant par la négative, la seconde est que je souhaite plus que tout faire plaisir à mon collègue en répondant par l’affirmative, et la troisième raison est que cette question me fait tout simplement rire. Alors il me serre un verre et l’ensemble de l’équipe décide de se joindre à nous en riant également. Il est 16h27 et le temps passe décidément très vite puisque nous nous resservons un godet  sans vraiment comprendre pourquoi.  C’est alors que les sous-sols de Bercy prennent soudain des allures de vieux port, notre cuisine est une sorte de guinguette aux accents du midi et nous buvons, nous chantons, nous buvons encore, et l’ivresse nous emmène ainsi dans sa grande bonté jusqu’à la fin du service dans une joie pas dissimulée du tout laissant derrière nous le souvenir d’une bouteille de pastis tristement vide présageant certainement d’une nuit à venir des plus sereines.  Il est maintenant 23h30 et il est temps pour nous de rejoindre notre hôtel. C’est ce moment précis que choisis la Verge pour dégainer une bouteille toute neuve de Jack Daniel’s dans ma direction en prononçant ces quelques mots : « Dis-moi D2 (c’est moi que l’on nomme ainsi pour des raisons que je ne mentionnerai pas ici) ça te dirait un petit apéro ? »

Là je comprends vite que si j’accepte ce verre nous sommes tous perdus et c’est la raison pour laquelle je réponds « oui » sans hésiter. L’ensemble de l’équipe nous rejoint et comme il est déjà 23h31 nous reprenons de manière tout à fait instinctive un autre verre de Jack. Il nous faut vraiment partir dans les plus brefs délais sans quoi nous allons vider cette fichue bouteille sur place et donc nous décidons de retarder notre départ pour l’hôtel ce qui a pour incidence de précipiter la fin de vie de Jack et Daniel à présent disparus à jamais. Nous amorçons notre départ dans des conditions mal appropriées à la marche à pied et je dois bien reconnaitre que la ligne droite n’est plus du tout une priorité. Nous prenons quelques provisions pour l’hôtel à savoir 1 quiche lorraine et 3 bouteilles de vin.  Comme nous sommes 4 nous mettons chacun un objet dans une de nos poches et partons enfin. L’itinéraire est assez complexe et c’est peut-être la raison pour laquelle nous perdons toutes traces de la Verge en chemin, mais comme nous sommes ivres la jungle urbaine ne nous fait même pas peur et à force de persévérance, d’inconscience et surtout de chance je crois nous arrivons aux portes de notre hôtel. Nous entrons les uns après les autres et traversons le hall spacieux et parsemé d’une cinquantaine d’étudiants brésiliens. Il y a là une espèce d’atmosphère qui me plait et tout en singeant la sobriété devant le concierge de l’hôtel je me prends d’une soudaine affection pour un jeune chien à poil court mais très vite Guimeliaume me fait remarquer, et à juste titre, que l’objet de mes caresses est en réalité un sac de voyage, alors je l’appelle Alexandre et lui jette une sucrette. Pendant ce temps Ramecain s’occupe de récupérer les clés de nos chambres et remercie le jeune homme zélé en uniforme en lui disant « merci madame ». Il me semble que tout va bien lorsque j’aperçois le ficus géant en face de moi tenter de me séduire et je tombe sous le charme ce qui n’est pas du goût de mes compagnons puisque je tente de le trainer jusqu’à l’ascenseur. J’oublie finalement cette idée lorsque je m’aperçois qu’il s’agit en réalité d’un Spathiphyllum (je pourrais vous en dire plus sur ce genre de plantes à feuillage persistant mais ce n’est ni le lieu ni le moment). Rapidement nous nous retrouvons face aux ascenseurs un peu comme au garde à vous mais avec beaucoup plus de style qu’un militaire de carrière. Et tout en fixant le cadran lumineux indiquant les étages s’égrainant les uns après les autres quelque chose me pousse, ou plutôt non ! Quelque chose m’attire sur mon flan gauche. Une force indescriptible provoque en moi le besoin de me tourner d’un quart de tour. J’observe d’ailleurs à ma grande surprise que la partie inférieure de mon corps est bien plus rapide que la partie supérieure dont mon visage fait partie et cela me donne envie de vomir alors je patiente une demi-seconde et lorsque l’ensemble de mon corps est enfin aligné je découvre avec joie ce que mes yeux tentent de me faire découvrir. Le « Cosmo Plus Design », capot en aluminium, 2 brosses à reluire, 1 brosse à nettoyer, 1 distributeur automatique de cirage, 130 watt, réservoir de 0,70 L avec soupape à bille, capot chromé (Afin d’illustrer au mieux cette histoire il faut se faire une idée très précise de l’objet, je vous laisse le lien très utile qui vous permettra d’imager le propos.  (http://www.shoeguard.com/photo/2011/fr/cireuse+a+chaussures+CosmoPlusdesign.jpg ) . Une putain de cireuse ! Elle est auréolée d’un halo de lumière bleutée que seul moi est en mesure de percevoir. Il n’y a aucun doute nous avons affaire à la Rolls des cireuses de hall d’hôtel. Elle est là et ne demande qu’à faire son travail. Alors, au prix d’un effort dont vous n’avez pas idée je tente de contacter Ramecain se trouvant à 24 années lumières de moi mais je n’y parviens pas alors je tends mon bras pour agripper son épaule. Il comprend dans l’instant qu’il nous reste, en dépit de tout l’alcool qui tente de nous sommer d’aller nous coucher enfin, le goût de l’aventure urbaine, l’aventure moderne, et qu’il nous faut absolument préserver cela. Mieux ! S’en emparer tant qu’il en est encore temps ! Alors comme un seul homme nous nous emparons du Cosmo Plus Design pour l’enfiler dans l’ascenseur qui vient de s’ouvrir. Nous voilà, nous et notre objet, sur le point d’appuyer sur la touche numéro 2 ce qui va nous propulser jusqu’à notre chambre. Mais un couple de vieux plutôt propre vient interrompre la fermeture des portes de notre vaisseau spatial et tout en nous saluant d’un signe tête muet les deux tourtereaux s’immiscent dans notre vie d’ascenseur très privée. Leur regard se dirige vers le Cosmo Plus Design que je caresse nonchalamment de la paume de ma main, Ramecain regarde le vieux en riant à pleines dents sans raisons apparentes avec des yeux scintillant de bonheur, Guimeliaume reste prostré face au coin de l’ascenseur comme une élève de CE2 puni par la méchante maîtresse. Je crois que le couple a peur mais juste avant que les portes ne les libèrent je leur dis que tout est sous contrôle et qu’ils ont tort d’être inquiets alors ils me disent « gute nacht », je cherche quoi dire et je trouve vaguement une phrase de circonstance : « Rolf und Gisela sind in der baum ». Ramecain se met à rire en allemand  et Guimeliaume  danse. Avant que les portes ne se referment complétement je peux constater que les deux vieux courent dans le sens opposé du nôtre ce qui prouve bien le manque de sociabilité évident du troisième âge envers les jeunes de 40 ans et 4 grammes.  

Nous arrivons enfin dans notre chambre, Guimeliaume danse toujours, Ramecain et moi hissons le Cosmo Plus Design sur la petite tablette servant de bureau et le relions à la prise de courant pour le mettre sous tension. Ca marche !!! Les brosses tournent et nous hurlons notre joie à gorge déployée et nous ouvrons une nouvelle bouteille de vin pour rendre hommage à Otto von Guericke ! Et puisque le but premier de notre machine est de lustrer alors nous décidons de lustrer. Tout d’abords nos chaussures, puis différents objets tels que téléphones portables, clés, stylos et autres ustensiles susceptibles de pouvoir être enfilé dans notre nouvel ami et la vie est formidable puisque tout semble pouvoir être lustré alors nous ouvrons une autre bouteille de vin. Je tente vite fait de me lustrer les dents mais les résidus de cirage présents sur les brosses me dissuadent d’aller plus avant dans mon expérience et m’encourage à finir la bouteille de vin précédemment entamée. Sans vraiment se le dire chacun d’entre nous cherche quelque chose à lustrer, et d’ailleurs il est intéressant de remarquer qu’il est plutôt rare de se poser ce genre de questions, j’ai beau me retourner le ciboulot je n’ai pas le souvenir d’avoir un jour cherché à savoir quel objet aurait les faveurs de ma lustreuse préférée. Mais l’heure est à l’expérimentation puisque nous découvrons la présence de notre quiche lorraine dépassant de la veste de Guimeliaume. Il nous faut pas plus quelques secondes pour débarrasser le film plastique qui protège la tarte aux lardons visiblement  impatients de se voir lustrer sous toutes les coutures. Je crois que nous prenons un air solennel dans les minutes précédant le bouquet final. On se recueil autour du Cosmo Plus Design, nous nous signons, buvons le sang du christ, gonflons le torse. Ramecain approche sa main du pommeau  de commande, il le presse et les rouleaux brosses se mettent à tournoyer à toute vibure. Timidement j’approche la quiche, doucement, avec retenue, Guimeliaume se cache derrière un oreiller et semble être épris d’une angoisse aux vues de ce qui risque d’arriver. Ca y est ! J’engouffre alors la totalité de la quiche dans le tourbillon infernal et le feu d’artifice commence ! La quiche, sous la vitalité des rouleaux lancés à pleine vitesse, explose littéralement et vole en éclats envoyant des dizaines de lardons de toutes parts et pulvérisant la totalité du reste de la spécialité lorraine. Une pluie de flan salé s’éparpille dans toutes les directions. L’action dure une seconde et demi mais le spectacle est au-delà de toute attente puisque la chambre est maintenant maculée du sol au plafond. Je crois que nous allons pour la première fois de notre vie, ce soir, dormir dans une quiche lorraine. Le spectacle est à peine croyable mais il est bien réel. Notre Cosmo Plus Design est vraiment la championne des championnes et la brochure ne nous trompe pas puisqu’elle dit ceci : «Cosmo Plus Design jouira d’une grande popularité et attirera les regards par sa jolie forme, aussi bien dans les ménages aisés que dans les hôtels ou les bureaux soucieux d’apporter un service discret et fiable à leurs visiteurs. » Alors je peux le dire avec force, cette cireuse est fiable bon sang et… discrète ça c’est sûr puisque nous venons de repeindre notre chambre d’hôtel en moins de deux seconde sans que le personnel de l’établissement ne puisse s’en douter. Guimeliaume est toujours reclus dans la cale de notre navire d’un soir accroupi au sol, peut-être pleure-t-il, quelques lardons fumés parsèment son crane imberbe. Ramecain me fixe du regard et me fait comprendre que le temps est venu de nous séparer du Cosmo Plus Design, il faut effacer tout soupçon quant à l’empreint de notre cireuse géniale. Je prends peur alors et j’ouvre la fenêtre me saisit avec force de l’objet du délit et décide de la balancer par-dessus bord mais elle est lourde la garce, bien trop lourde pour un homme seul et saoul. Je somme Ramecain de bien vouloir m’aider mais mon geste semble le surprendre et l’inquiéter puisqu’il me dit : « Non D2 ! C’est bien trop dangereux ! »

Il me tend alors une chaise, je m’en saisis et d’un geste révolutionnaire je l’envoie s’écraser 2 étages plus bas. La vache ! On a évité le pire. Le calme après la tempête. Un vent frais traverse la pièce. Le silence également. Il est 2h43. 20h43 à New York mais cela n’a aucune importance puisque nous sommes à Paris. Nous raccompagnons Guimeliaume et le Cosmo Plus Design jusqu’à leur chambre, nous leur souhaitons une agréable nuit. Nous récupérons le téléphone portable de l’un d’entre nous dans le ventre de la cireuse mais il est difficle voire impossible de reconnaître le modèle ou la marque de l’objet tant il est recouvert de ce mélange de cire à chaussure, de lardons et de crème.  Ramecain et moi regagnons notre chambre-quiche sur Boogie wonderland d’Earth Wind and Fire et le couloir de l’hôtel est une sorte de walk of fame constellé de millions d’étoiles éclatantes, les murs envoient des couleurs plus belles les unes que les autres, le sol est un dancefloor où nous dansons, l’ensemble du personnel de l’hôtel en haie d’honneur nous recouvre de confettis multicolores, Ramecain et moi faisons corps dans une parfaite chorégraphie qui nous emmène vers la félicité, nous sommes en 1979 et nous sommes les Earth Wind & Fire, nous sommes noirs, nous sommes ivres, vive le showbiiinnnsss, vive le funk, vive les cireuses, vive le vin, vive la vie !        

 

Par Philippe Maurice
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 17:16

Je vais vous révéler quelque chose, ou plutôt je vais vous confier deux ou trois petites choses qui me font très plaisir. Je vous les livre en toute modestie bien entendu et cela simplement pour vous faire part de ce que les autres pensent de moi si toute fois cela vous intéresse. Premier point, sachez que je suis très apprécié des gens qui m’entourent et qui me connaissent, et même de ceux qui me connaissent moins. De plus il faut savoir que cette satisfaction à mon égard concerne tous les aspects de ma personnalité, que ce soit ma culture, mon humour, ma relation aux autres, etc…  En second point je vous le dis, je suis populaire et c’est vraiment super. Les gens me connaissent et le dise. Je suis connu pour mon travail, pour mes actions menées autour de moi, mais aussi pour les projets qui me tiennent à cœur et que je souhaite mener à terme. En troisième lieu il faut que vous sachiez que je suis estimé. Oui, estimé ! On dit de moi que je suis sérieux, dynamique, honnête, sympathique, compétent, et à l’écoute. En fait je crois ne pas me tromper en disant que je surprends de manière positive l’ensemble de mon entourage. Mais je dois aussi rajouter un mot à cela. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est que les gens soient heureux autour de moi, même si, et c’est bien dommage, ce n’est pas le Pérou !

Pourquoi je vous dis tout cela ? Et bien parce que j’ai commandé un sondage auprès d’un institut compétent et reconnu pour avoir, comme on dit, une vue d’ensemble, une photographie, un instantané de moi-même à un moment donné de mon existence et cela pour une meilleure compréhension de ma vie personnelle et de son impact sur mon entourage dans le but de renforcer la cohésion entre mon apparence et mon moi profond dans un projet d’avenir à plus ou moins long terme (Oui cette phrase est très longue mais nécessaire…). Pour cette enquête l’institut de sondage a donc posé tout un tas de questions plus ou moins orientées en ma faveur à un échantillon de personnes de 12 ans et plus prélevé au hasard (si si…) dans mon entourage. En gros il s’agissait de mon épouse, mes deux enfants et Bosco le chien d’un couple d’amis à qui j’ai fais croire que moi aussi il m’arrivait de manger des croquettes et de pisser dans les jardins publiques. Ce qui n’est pas faux puisque l’autre jour encore… Oui enfin bon !

Alors je sens poindre en vous une envie subite de me dire des trucs du genre « non mais pour qui te prends-tu Philippe Maurice ? » ou encore « Hé ! Tu t’es pas regardé ? » Ben oui effectivement avec ce sondage je me suis bien regardé c’est vrai, j’aurais du mal à dire le contraire et je ne pourrais vous en vouloir de vous offusquer de cette absence totale de modestie et de cette absurde suffisance de ma part. D’ailleurs il est tout à fait légitime d’avoir ce raisonnement face à mon discours j’en conviens et bien que ce sondage imaginaire soit une farce il montre bien combien il est difficile de parler de soi. Et si cette histoire ci-dessus était vrai elle serait choquante on est d’accords là-dessus. Mais ce matin j’ai pris connaissance de la dernière idée géniale de notre municipalité qui, non contente et satisfaite de son catalogue-bilan publié il y a peu (voir un précédent article intitulé « Le bilan de la mairie me rend fou »), vient de nous pondre le sondage du siècle concluant avec les trois points suivants :

Notre ville est très appréciée.

La municipalité de gauche est populaire dans une ville de droite.

Notre maire de gauche est populaire dans une ville de droite.

J’en reviens pas ! Je suis au bord des larmes tant la nouvelle me submerge de bonheur. Parce qu’il faut bien reconnaitre une chose, toute l’équipe municipale était sacrément tendue dans l’attente des résultats de l’enquête et je les comprends, imaginez que la conclusion soit quelque peu différente :

Notre ville est très méprisée.

La municipalité de gauche est détestée dans une ville de droite.

Notre maire de gauche est haï dans une ville de droite.

Enfin quoi, faut pas rêver, si les sondages politiques ne profitaient pas à ceux qui les commandent et les payent il n’y aurait aucun intérêt à publier les résultats amers d’une enquête d’opinion desservant le maire et son équipe aux responsabilités. Le but même d’un sondage favorable, et c’est bien là un pléonasme du point de vue de celui qui en est le commanditaire, est de consolider une image et influencer l’opinion collective dans le sens du résultat de l’enquête. On sait tous le pouvoir médiatique et l’influence de ce qui est dit ou écrit sous couvert de transparence, d’honnêteté. Si je vous dis que je suis heureux et que je vais bien et que mon état de santé est satisfaisant vous allez me croire simplement parce que je le dis et qu’à priori il n’y a aucune raison de ne pas me croire. Si par le biais d’une annonce publique est publiée, de surcroit sous couvert de l’intégrité reconnue de l’institut de sondage en question, le résultat d’un bilan en or massif il y a fort à parier qu’une majorité prendra le message annoncé pour argent comptant. Alors on se gargarise, on se réjouit dans les couloirs de la mairie, dans les pages d’accueil du site en ligne, on se félicite, on se congratule chaleureusement de l’opinion favorable des administrés interrogés et on en oublie le bon sens, on en oublie juste la raison qui devrait les pousser à ne pas se fourvoyer dans ce genre de travers politique indigne d’un élu regardé par ses concitoyens. Je ne vois d’autre rôle en ce sondage que celui de convaincre le plus grand nombre de l’optimisme, de la popularité, la volonté, la notoriété ainsi que la bonne image de « not’ bon maire » dans un projet presque dissimulé qui à terme n’aura d’autre finalité que d’accorder un nouveau mandat à cette même municipalité !

Je suis tout de même excédé de voir cette mairie se regarder le nombril, de voir ce maire se contempler au travers du spectacle d’un sondage mis en scène par lui-même et qui en oublie d’être simple. Ce sondage est une offense à notre sens critique, notre esprit de discernement. Ce sondage a coûté je crois 15000 euros ce qui au regard de son indispensable nécessité me paraît tout à fait disproportionné. Peut-être aurais-je préféré voir affecter cette somme à quelque chose de plus constructif alors c’est vrai mon seul pouvoir dans cette affaire reste le commentaire mais je noterais tout de même non sans émotion que, bien malheureusement, Metz a décidément un Gros problème.       

 

 

    

Par Philippe Maurice
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 19:04

J’ignore si le lundi est un jour propice à cela mais je vais en profiter pour vous souhaiter le meilleur à vous tous qui prendrez le temps de me lire. Il est de bon ton de présenter ses vœux et je fais partie de ceux qui bien entendu les reçoivent toujours avec grand plaisir, mais je me demande ce que peut bien contenir dans le détail ces sympathiques et bienveillants « vœux ». J’imagine bien que, selon tel ou telle, la teneur des souhaits en question doit être bien différente et je regrette vraiment de ne pas avoir accès à la liste exhaustive de ce que l’on espère pour moi et les miens en ce début d’année. D’autant que de mon propre point de vue il m’est déjà bien difficile d’exprimer ne serait-ce qu’à demi voix la couleur des rêves qui me poussent encore aujourd’hui, et bien que mes envies restent simples je vois bien la difficulté de mener à bien ce dessein dans la rudesse du quotidien de ma vie simple et néanmoins moderne. Alors d’accords j’entends ceci « Tous mes vœux pour cette nouvelle année », ou cela « Bonne année et bonne santé » et j’en suis ravi mais j’aimerais qu’on m’en dise davantage, j’aimerais qu’on me précise ce qu’est finalement une bonne année ! Car en tout état de cause j’imagine qu’il est plus qu’évident qu’un Nicolas Sarkozy aura une vision très éloignée de la mienne dans l’idée qu’il se fait d’une bonne année 2012. Il est aisé de penser que mes attentes pour l’année à venir vont être aux antipodes de celles d’un Bernard Arnaud certainement soucieux de conserver sa première place au classement des 10 plus grosses fortunes de France. Nos prétentions sont bien différentes les unes des autres convenons-en et les miennes quoique raisonnables n’en restent pas moins ambitieuses, le bonheur est un effort de chaque instant et un travail de longue haleine. Disons, une quête à géométrie variable, un espoir à la mesure de ses moyens, et chacun de nous projette ses attentes un peu comme il peut, ou comme il ose…  Je crois qu’on manque cruellement d’ambitions en la matière et c’est bien dommage car des perspectives heureuses se perdent dans ce manque d’appétit, nous laissant un espoir bien trop étriqué, bien trop frileux finalement pour appréhender ces temps nouveaux.  

Pour ma part je serais heureux de personnaliser les vœux de la nouvelle année en fonction de chacun et ainsi avoir une pensée créative, originale, et pourquoi pas absurde dédiée à un ou une en particulier, favorisant ainsi le développement d’une bonne humeur salvatrice et pourquoi pas contagieuse. Mettons alors du cœur à souhaiter des trucs de dingues à chacun d’entre nous, souhaitons-nous les rêves le plus fous peut être juste pour susciter l’envie et le désir. Prenez parti pour l’utopie, pour le fantasme, ou tout bêtement pour le superflu. Serait-il possible d’espérer des chaussettes rouges pour tout le monde ? Serait-il idiot de souhaiter une température constante de 23 degrés et cela tout au long de l’année ? Pourquoi ne serait-il point permis d’espérer marcher pieds nus du matin au soir ? Souhaiter le goût fraise pour tous les dentifrices, que tous les horodateurs disparaissent de la surface du globe, que le trou du cul des chiens se bouchent à jamais pour ne plus marcher dans leurs excréments (ben oui, puisqu’on marcherait tous pieds nus), qu’MTV soit diffusée mais uniquement sous terre et que son directeur des programmes soit condamné à subir 2500 heures de ses propres émissions sans possibilité de fermer ne serait-ce qu’une paupière, je souhaite aussi qu’ on élève à titre posthume la mère Denis au rang de grand officier de la légion d’honneur, qu’il n’y ai plus jamais de tomates en hiver, qu’on invente des oreillers-glaçons pour les chaudes nuits d’été, et pourquoi pas, des quiches lorraines tièdes pour tous les enfants du mondes (c’est meilleurs que les bonbons pour les dents). Voilà, que nos envies soient ponctuées de bourgeons réjouissants pour que nos vies fleurissent sans attendre et nous permettent, me permette de vous souhaiter de chanter toujours plus que nécessaire, de vous souhaiter de respirer et de remplir vos poumons comme jamais, de vous souhaiter de vous arrêter une minute et de regarder les autres autour de nous, peut-être même de tendre la main, de vous souhaiter d’entendre le rire des enfants et de rire avec eux, je vous souhaite d’ouvrir les yeux vers d’autres horizons même si celui-ci est le trottoir d’en face, d’être meilleur toujours un peu plus, et je vous souhaite de ne rien regretter. Bonne année quoi !

Par Philippe Maurice
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 10:29

Hier est un jour que je n’oublierai pas. J’ai salué un ami pour la dernière fois. Hier était un jour comme on aimerait sans aucun doute jamais avoir à vivre et qui par la force du destin vous force à accepter le sort cruel que la vie parfois nous réserve. Quelques fois il est bon de prendre la juste mesure des choses, et ces moments-là vous rappelle tout l’amour nécessaire à nos vies. Hier j’étais à la fois tous ces gens réunis pour rendre ce dernier hommage à mon ami, le nôtre, le leur. Chacun d’entre nous avait ce rapport particulier, ce lien propre, cette unique relation, et cet irremplaçable élan du cœur qui en ce jour d’adieu nous invitait tous ensemble à des larmes solennelles. Hier j’ai pleuré et pourtant toutes les images associées à Boris ne sont que des images de joies. Je crois que je n’en ai pas d’autres, je crois que nous n’avions partagé que du bonheur. Mes souvenirs ne sont que des rires, ils ne sont que chansons, ils ne portent que l’espoir de vivre mieux encore et toujours. Ce qu’il me reste au fond ce n’est rien d’autre que l’amour mutuel que l’on se portait. Des voix s’élèvent sur des mélodies que nous aimions, sur des accords que nous jouions, et ces voix sont les nôtres. Elles me transportent encore tout comme elles le faisaient à l’époque où nous apprenions à nous connaître. On aimait vraiment jouer ensemble, on aimait chanter ensemble, on aimait rire ensemble, j’aimais être avec lui. J’aimais qu’il réponde à ma joie de le voir par un sourire, toujours ce sourire, plus fort qu’une poignée de main, plus fort que tout le reste sans doute. Ce sourire contre lequel on ne peut rien, en tout cas rien d’autre que la réciprocité sincère de celui-ci. Boris avait cela et nous partagions ce trait commun que j’aimais par-dessus tout. Le temps passe, et un jour la tristesse nous renverse, la peine nous transperce et nous révolte bien entendu. Je pleure, nous pleurons tous, oui, parce nous avons tous des regrets et des questions qui resterons sans réponses. Ce vide insensé qui se dresse comme une abîme sans fond devant l’absence soudaine et au combien lourde à porter, à supporter, n’est autre que l’amour, tout notre amour pour lui et qui reste orphelin nous rappelle combien il est important de chérir ceux qu’on aime par-dessus tout, combien il est important d’aimer ici et maintenant. Chacun d’entre nous aurait voulu lui dire, après coup, combien il comptait pour nous pour ne pas dire aujourd’hui qu’il nous manque. Boris me manque. Oui, il me manque. Et ce manque n’est pas sa présence, c’est le savoir vivant, c’est me demander ce qu’il fait, me demander où il est, me demander s’il aimerait qu’on se voit, me demander s’il va bien... Ces questions me manquent et me rappelle aussi combien j’aurais dû les lui poser plutôt que de les laisser en suspend et les remettre à demain. Alors oui, que fais-tu, où est-tu, vas-tu bien, putain ! Il y a des milliards d’inconnus sur cette terre, des millions de gens qui partages le même sol, des centaines que l’on côtoie, des dizaines qui comptent à nos yeux, et il y a surtout les quelques-uns qu’on aime parce qu’ils sont ce qu’ils sont, et toi je t’aime Boris et tu n’es pas là pour l’entendre. Alors je l’écris aux autres, eux l’entendrons ! Au moins pour leur rappeler qu’il faut dire ces choses-là plus que tout autre chose, et tout le reste est sans importance, et tout le reste ne compte pas plus que l’ombre de rien, car rien n’est bon, rien a de saveur, tout ne peut être que vain s’il est sans amour. Partageons cela. Ne tardons pas. Ne tardons plus. Surtout plus.

Boris… je te vois passer la porte de chez moi, tu es avec Jacques, Arnaud. Tu as une guitare à la main, quelques médiators dans une de tes poches. Nous nous asseyons peut-être autour de la table ronde de la cuisine et bien entendu il fait beau. Le soleil entre par la porte fenêtre et sortons alors quelques verres. Nous buvons à notre santé. Qui d’autre ? Et nous jouons quelques belles chansons, je crois reconnaitre Neil Young, Oasis, Sting… et nous fumons je crois. Nous rions, nous sommes innocents. On pourrait dire que nous sommes heureux d’être ensemble encore. Parfois rien, non rien de plus n’est essentiel à certains bonheurs, aux joies simples et intimes qui enflamment nos cœurs, j’en suis sûr, pour toujours et à jamais… 

Par Philippe Maurice
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